A PROPOS DES TITRES

J'avais d'abord pensé à Glafira et Raïssa, mais autant un prénom pour une biographie se justifie, autant deux s'annulent mutuellement. 
On m'avait suggéré “Glafira Ziegelmann et Raïssa Lesk, étudiantes en médecine à Montpellier”, mais cela fait titre de thèse ou d'ouvrage de sociologie. Pas très attirant.
J'ai opté pour Elles venaient d'Orenbourg et cela a plu à mon éditrice. Qui a rajouté en tout petit “Glafira Ziegelmann et Raïssa Lesk, étudiantes en médecine à Montpellier” ;) 
Je me suis battue pour la couverture. Je voulais absolument un train à vapeur venu du froid. J'ai été très impressionnée par le voyage faite par nos deux héroïnes depuis Orenbourg, seules, sans chaperon, à vingt ans. Tout autant par celui de Samuel Kessel, fuyant la répression antisémite en Lituanie. Les Kessel dévorent les kilomètres, en train, en bateau, en charrette, passent des mois à voyager dangereusement pour coloniser l'Entre Rios au Nord de Buenos Aires, retourner à Orenbourg, revenir en France, puis en Russie. Joseph Kessel est de toutes leurs errances. A 17 ans, il troquera le train pour l'avion, pour aller plus vite, plus loin, plus haut. Le voyage est un thème majeur dans le roman. Il me fallait donc un train, invention la plus marquante du 19e siècle à mes yeux. Il a révolutionné des vies, la vie de ces deux jeunes Russes intrépides.

Ah, ce titre ! Il m'a donné du fil à retordre… J'avais d'abord proposé à mon éditrice : “Tu devais être à nous”, vers d'un poème écrit  par Victor Hugo  la nuit précédant le mariage de sa future belle-sœur. Je pensais le faire suivre en petits caractères de “Julie Duvidal, femme peintre”.
Mais tout cela était trop long, puisqu'un portrait apparaissait sur la couverture.
J'ai alors pensé à “La Belle-sœur de Victor H.” pour accrocher le lecteur, l'intriguer et lui donner envie de découvrir qui se cachait derrière ce lien familial.
Je faisais bien sûr un clin d’œil au célèbre film de Truffaut “Adèle H.” Chez Chèvre-feuille, il est de règle de mettre sur la 1ere de couverture et non sur la 4e, un extrait du livre. Je propose d'insérer la citation du poème de Victor Hugo, qui nomme Julie Duvidal. Ainsi son identité apparaît sur la couverture.
Adopté !
Il me faut alors batailler ferme pour qu'apparaissent les majuscules de Victor H. Fréquents aller-retour entre l'éditrice, la maquettiste et l'auteure…
Accepté !
Quelques semaines avant le BAT, revirement. Mon titre ne va pas, il n'est pas féministe et fait injure à la femme peintre. Je tiens bon, d'autant que le titre a déjà été communiqué à des journalistes et des musées.
Concédé !
15 jours avant le départ à l'impression, nouveaux scrupules de la maison d'édition. On change le tableau, la citation et on me prie de mettre “Julie Duvidal de Montferrier, femme peintre de l'époque romantique”. J'accepte le changement de l'illustration et de citation, mais je tiens bon pour le titre et demande que l'on ajoute une légende à l'autoportrait pour que le nom apparaisse…
Gagné !
L'autoportrait nous regarde, amusé et imperturbable. S'il savait !

Vous ferez bien une petite pause ? Et pour vous, ce sera un café ou un thé ? 
Un petit noir et ça repart. Un coup de fatigue et hop un peu de caféine…
Nous devenons complètement zébrés, à force de vouloir tenir le rythme. 
Ah… la nonchalance du Sud ! la chaleur écrasante qui force à siroter longuement son thé à la menthe. A se re-po-ser …
Le spectre de la machine à café au fond du couloir de l’entreprise, de la fausse pause qui dope.
Clémence, Marc, Madame Calvetti, Jean-Paul et les autres vont devoir changer leurs habitudes. Car le burn-out guette ou a déjà frappé. 
Le café est torréfié, les salariés sont  surchauffés, RPSQVT, TMS, tous les indicateurs sont en rouge, Il faut partir, loin, de l’autre côté de la Méditerranée.

C'ÉTAIT MALGRÉ NOUS

J’ai écrit le roman avec le titre “Malgré nous” en tête, ce qui m’a beaucoup aidée dans la construction.

Mais j’apprends par hasard en octobre, que Malgré nous est le titre d’une BD. Des libraires me disent que ça ne doit pas poser de problème, puisque romans et BD ne sont pas référencés de la même manière.

Mon éditrice me dit de commencer à réfléchir à un autre titre par précaution.

Je noircis des feuilles, que je soumets à mon entourage, qui fait la moue.

l’éditrice de la partie adverse confirme qu’elle souhaite que je change de titre. Le service juridique de Prisma pense que je pourrais le conserver, car « malgré nous » est une expression couramment utilisée pour désigner dans l’histoire les Alsaciens et les Mosellans qui se sont battus contrés et forcés sous l’uniforme allemand.

Je préfère changer le titre que commencer avec un contentieux.

C’était malgré nous s’impose alors. Véronique Ovaldé me dit qu’elle le trouve bon. Il sonne bien, il raconte une histoire et il est facile à retenir.

  • Une histoire universelle

Quelles que soient les époques règne le fléau du jugement. Le groupe collectif édicte des règles que beaucoup brandissent pour désigner du doigt des victimes. Victimes qui permettent de détourner l’attention du groupe et de continuer dans l’ombre à agir selon sa propre turpitude.

Quand on juge, c’est qu’on est meilleur que les autres. C’est donc très tentant de juger.

Dans le roman, j’ai voulu montrer que nous étions tous des malgré-nous et pas meilleurs que les autres. Que nous agissions contre notre gré, mus par des ressorts inconscients, des histoires familiales, des actes collectifs ou individuels aux conséquences immédiates ou lointaines.

Ainsi Thérèse est une malgré-nous, au même titre que Jules, Dominique, Paul, Marcel, Günther, Ilse…

Tomiko et Anne, par leur profonde bienveillance et leur absence de jugement, acceptent les autres comme ils sont et se laissent porter par le flot de l’humanité, ce qui les rend plus libres, paradoxalement. Je crois à la compassion et à la miséricorde. Je place ces valeurs au-dessus de tout. Elles permettent de ne pas désespérer de l’humanité.

On ne peut pas s’extraire de l’Histoire, des autres, du groupe. On est tous concernés par le destin des hommes contemporains ou morts, connus ou inconnus. On est pétris de l’histoire de nos grands-parents, qu’on le veuille ou non, eux-mêmes pétris de l’histoire de leurs aïeux et de l’Histoire tout court.

Pour conclure sur la notion d’appartenance à l’humanité toute entière, je voudrais citer un poème de John Donne qui a donné son titre au magnifique roman d’Hemingway : Pour qui sonne le glas

No man is an island entire of itself; every man
is a piece of the continent, a part of the main;
if a clod be washed away by the sea, Europe
is the less, as well as if a promontory were, as
well as a manor of thy friends or of thine
own were; any man’s death diminishes me,
because I am involved in mankind.
And therefore never send to know for whom
the bell tolls; it tolls for thee.

C’est pour ça que j’ai tenu à faire figurer dans le titre « malgré nous » et non pas « malgré eux » ou « malgré soi »… Nous sommes tous concernés par la vie des autres, leurs malheurs, leurs faiblesses. Nous ne pouvons pas faire semblant de les ignorer ou nous permettre de les juger.

LES ÉLÉPHANTS DE COPENHAGUE

Animaux des pays chauds dans un climat froid, en complet décalage… Et pourtant les souverains danois en raffolent, puisqu’ils ont créé un ordre prestigieux à leur effigie. A Munich, on voit partout des vaches monumentales, à Copenhague, ce sont des éléphants. 
Les éléphants sont des animaux patients, lents, qui se déplacent en troupeau. Le petit cornac en équilibre instable qui avance comme il peut, c’est cette guide décalée, chargée d’encadrer un groupe de retraités dans les rues de Copenhague. Elle va craquer… 
Les autres nouvelles racontent un moment décalé, où soudain tout peut basculer. Une prof qui rêve d’un pull en cachemire dans sa classe de loubards, une apprentie coiffeuse qui rêve d’avoir chaud loin de la Lozère, si possible à Perth, un couple au bord de la rupture dans un aéroport de New York, une étudiante indienne à bord d’un bus barbare, le petit chaperon rouge renvoyée des écoles californiennes….

LES BELLES ESCLAVES

Les femmes d’aujourd’hui se doivent d’être belles, jeunes, mères de famille parfaites, épouses modèles et elle en oublient d’être libres. Ce ne sont pas les colliers des femmes girafes qui enserrent leur cou, ce sont les diktats contemporains. Elles dépriment, elles en veulent toujours plus, elles voyagent, elles sortent et elles s’épuisent…

 

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